samedi 9 novembre 2013

à propos du Black Herald, livre organique.








La revue le Black Herald  constitue, de chacun de ses numéros, jusqu'à celui-ci, le #4 inclu,  un livre. C'était frappant déjà pour le numéro précédent: la perception immédiate d'un ou plusieurs fils à la fois suffisamment souterrains et éloquents pour faire de ce qui, sans eux, n'auraient été qu'une mise en côte-à-côte de textes, un livre. Nommer ces fils n'a rien d'évident - à l'instar d'un bon livre dont le fil directeur ne se laisse pas résumer. Il y avait pourtant une atmosphère de cendres, de séismes plus ou moins enfouis, une violence à l'oeuvre ou à la question, une rumeur de destruction, post-apocalyptique, jusque au coeur des tableaux de famille.
Les textes du Black Herald se déploient autour d'une problématique - qui n'a rien d'un jeu d'intellectuel, et pour les meilleurs textes - seulement incidement "littéraires" -, une charge affective faudrait-il dire plus justement: ce qui constitue bien le propre d'un livre - digne de ce nom - un livre qui n'est pas une thèse.
Pas de doute à mes yeux: si les artisans du Black Herald parviennent ainsi à composer un tel ensemble organique, c'est que eux-même sont des créateurs - et qu'un créateur ne peut pas faire autrement que répondre de manière quasiment instinctive à l'injonction d'ordonner-et-faire-sonner les éléments dont il dispose ( et qu'il ne choisit pas nécéssairement ) de la manière la plus complexe possible. Ce qui revient à dire: en évitant la banalité d'un thème trop explicité, du chemin d'avance connu. La grande littérature est toujours complexe - à ne pas confondre avec compliqué: elle est complexe d'une complexité comparable à celle d'un système immunitaire, qui se rend apte à répondre à des stimuli externes de formes inconnues à lui-même, des formes qu'il n'a jamais rencontré, en nombre et en variété immenses et mouvants - et ce à partir de quelques éléments limités en nombre: la vraie littérature est une invention de la complexité à partir d'une simplicité relative. Et le résultat de cette opération - un résultat nommé "poème" - est l'équivalent psychique d'une machine organique capable d'inter-réagir aux sollicitations, inouïes, de chaque lecteur, à partir d'une quantité forcément limitée de mots et de phrases. De même, l'assemblage psychique du lecteur est provoqué par le poème, caressé et menacé par lui, et lire - cela consiste à désirer d'abord, puis répondre aux sollicitations du livre, de telle manière qu'entre les combinaisons de l'un et de l'autre, il se passe à peu près ce qui se passe entre deux escargots, chacun à la fois mâle et femelle, au moment de copuler: qui est l'un, qui est l'autre, à cet instant, qui pénètre, qui pénétré, ou encore, semblable, lors d'un orage d'été,  aux grandes décharges éléctriques au sein des masses nuageuses.
Le Black Herald n'est pas une revue ( un livre ) facile. Ce n'est pas tant que chaque texte soit en fait volontairement abscons; ni même, la difficulté - à mes yeux passionnante mais réelle - du multilinguisme. Mais c'est que chaque texte choisi est suffisamment exigeant et maitrisé pour imposer sa propre approche, ses propres rythmes de lecture, son univers particulier. C'est aussi, et surtout, que l'on sent bien ce ou ces fils dont je parlais au début. La perception à la fois vague et tenace de cette unité rend d'autant plus intrigants, provocateurs, les sautes " stylistiques" d'une partie à l'autre de l'ensemble. Or c'est précisément ce qui fait du Black Herald jusqu'à présent à chaque fois un vrai livre: un ensemble avec failles et agglomérats, et - tout porteur de souffle et de sens. Et par "souffle" et "sens" - ( mais je développerais cela peut-être une autre fois ), ce n'est pas métaphoriquement que je l'entends.



























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